L’Alcazar – Petites balades urbaines http://www.petites-balades-urbaines.com Venez découvrir Marseille et son histoire ! Wed, 28 Mar 2018 16:00:25 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.26 https://i2.wp.com/www.petites-balades-urbaines.com/blog/wp-content/uploads/2017/10/cropped-Petites-balades-urbaines.png?fit=32%2C32 L’Alcazar – Petites balades urbaines http://www.petites-balades-urbaines.com 32 32 137275093 En vidéo #07 : Marseille Baroque (2/2) http://www.petites-balades-urbaines.com/les-projets-qui-ont-fait-marseille/marseille-sous-lancien-regime/en-video-07-marseille-baroque-2-2/ Wed, 10 Jan 2018 17:00:08 +0000 http://www.petites-balades-urbaines.com/?p=1206 Suite et fin de la ballade initiée il y a 15 jours, où je vous faisais découvrir quelques perles de l’architecture baroque à Marseille.

On reprend là où on s’était arrêté bien sûr, à l’angle de la Canebière et du Cours Saint-Louis, et ce coup-ci on va déchiffrer quelques façades du Cours Belsunce, en allant jusqu’à l’Hôtel Pesciolini bien sûr, pour terminer comme on avait commencé par un dernier hommage à Pierre Puget, devant la halle qui porte d’ailleurs son nom.

C’est l’occasion aussi pour moi pour vous renvoyer vers deux articles que je mentionne dans la vidéo, et que j’avais écrit ici-même : l’un concernait le Cours Belsunce, et l’autre racontait l’histoire de l’Alcazar.

Voilà pour le baroque à Marseille, ou plutôt : voilà déjà une première grosse fournée. Plus tard je dédierai une vidéo entière à la Vieille Charité, ce chef-d’œuvre de Pierre Puget (oui, encore !), et sûrement une autre aussi à l’Hôtel de Ville. Et là, on pourra dire que ce chapitre sera bouclé. Soyez patients ! Et enjoy !

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La construction de la bibliothèque de l’Alcazar http://www.petites-balades-urbaines.com/les-projets-qui-ont-fait-marseille/les-grands-projets-du-xxieme-siecle/la-construction-de-la-bibliotheque-de-lalcazar/ http://www.petites-balades-urbaines.com/les-projets-qui-ont-fait-marseille/les-grands-projets-du-xxieme-siecle/la-construction-de-la-bibliotheque-de-lalcazar/#comments Mon, 18 Jul 2016 07:46:40 +0000 http://www.petites-balades-urbaines.com/?p=841 Avec 10.000 personnes qui la fréquentent chaque jour, le succès de la bibliothèque de l’Alcazar n’est plus à démontrer. Le projet s’inscrit dans une volonté générale de requalification du centre-ville de Marseille, en tentant de réinstaller des hauts lieux symboliques culturels et de nouvelles fonctions économiques.

La bibliothèque n’est pas la seule à participer à cette ambition. Citons par exemple la fac de droit, sur la Canebière, ou encore la restructuration du pôle étudiant de Saint-Charles. D’autre part, un projet de requalification des tours Labourdette, tant décriées aujourd’hui, doit poursuivre les efforts entrepris, dont le plus visible est le retour du tramway sur le Cours Belsunce, en 2007.

La visite architecturale de la bibliothèque commence bien évidemment par la restauration de la porte d’entrée de l’ancien cabaret de l’Alcazar. Ici se tenait un établissement emblématique du XXème siècle, une des salles de spectacle de Marseille les plus connues. Parmi les nombreux artistes à s’être produits dans cette salle mythique, citons Joséphine Baker, Charles Trenet, Colette, Yves Montant, Pierre Dac et Francis Blanche, Fernand Reynaud, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell… La liste est longue !

Mais le déclin des salles de spectacle du centre-ville touche aussi l’Alcazar, et malgré de nombreux efforts pour y résister, l’établissement est déclaré en faillite en 1965. L’établissement renaît pour quelques années seulement, avant de fermer définitivement ses portes. Le prestige de la salle s’éteint : à la place, c’est un dépôt-vente de meubles qui s’installe. Dix ans plus tard, faute d’entretien, le bâtiment doit être démoli. Seule subsiste la vieille entrée, avec sa marquise en fer forgé et ses boiseries, qui en masque plus le terrain vague qui s’étend là. Et elle aussi, inévitablement se dégrade dangereusement… Ce spectacle désolant perdure pendant toute une génération.

Tout change à partir de 1997. La Mairie décide d’implanter son projet de Bibliothèque Municipale à Vocation Régionale sur le site. L’emplacement est stratégique, et permet de faire disparaître ce terrain vague honteux. L’autre option était d’exploiter les locaux de l’Hôtel Dieu, lui aussi à l’abandon depuis des années, mais les travaux de restauration auraient été trop couteux. Il faudra attendre encore vingt ans pour que l’Hôtel Dieu renaisse…

Les passerelles à l'intérieur de l'atrium
Les passerelles à l’intérieur de l’atrium
Source : madeinmarseille.net

Le concours architectural désigne lauréats les architectes Adrien Fainsilber et Didier Rogeon. On félicite les concepteurs d’avoir parfaitement compris les ambitions du programme et maîtrisé les enjeux urbains. Leur proposition de façade de 30 mètres en marbre sur le Cours Belsunce marque les esprits du jury.

L’emplacement du futur bâtiment est atypique, puisque la mairie demande à ce que le bâtiment s’inscrive sur deux parcelles distinctes, séparées par la rue du Baignoir. Inévitablement, cela conduit à concevoir un bâtiment-point au-dessus de la ruelle.

La proposition des architectes est efficace. Le bâtiment s’étire sur les 100 mètres du terrain et s’organise autour d’une rue intérieure, sorte de nef d’une cathédrale de notre temps. La façade sur le Cours Belsunce, axe majeur et historique de Marseille, est très étroite : 30 mètres à peine, ce qui semble insuffisant pour marquer les esprits face à l’enjeu du programme et les 23.000 m² de surface utile nécessaires ! Le choix se porte donc sur une façade très forte, réalisée grâce à un rideau de marbre blanc, s’élevant au-dessus d’un rez-de-chaussée entièrement vitré.

Dès l’année suivante, en 1998, les travaux de déblaiement commencent. Les immeubles insalubres de l’îlot de l’Alcazar sont démolis. Côté Cours Belsunce, on détruit les immeubles du n°52 au n°62, ce qui permet de dégager l’accès au site. Seules subsistent les façades du 52 et du 54 qui, restaurées, permettent de redonner de la visibilité à l’architecture baroque qu’avaient espéré les frères Puget quand ils avaient dessiné le Cours, sous Louis XIV…

Les travaux semblent traîner, mais ne s’interrompent pas vraiment pour autant. Il faut dire que le chantier est colossal et le terrain difficile, tant en termes d’accès que de préservation des éléments historiques majeurs.

Côté rue Nationale, on démolit les immeubles des n°8 et 10, mais on en préserve les façades pour assurer une continuité architecturale. On construit, à l’intérieur de l’îlot, une paroi moulée sur tout le pourtour de la future bibliothèque, pour permettre l’installation de fouilles archéologiques préalables. Ces fouilles s’inscrivent dans la continuité d’une première campagne menée en 1992, et qui avait permis de faire apparaître des vestiges romains et grecs, mais aussi des traces d’un aqueduc médiéval. La nouvelle campagne allait neutraliser le chantier pour durer 12 mois.

La façade de l’Alcazar en 1994
Source : Wikipedia

La façade historique de l’ancien cabaret est démontée pendant l’été 1998. La marquise type Art Nouveau de 2,5 tonnes est envoyée dans l’atelier des établissements Carrera, qui prennent en charge sa restauration. Il s’agit du plus ancien atelier de Marseille, fondé en 1857… comme l’Alcazar. L’établissement a de prestigieux clients, comme la Banque de France ou Notre Dame-de-la-Garde, rien que ça. Malheureusement, la marquise a trop été altérée par le temps. La rouille n’a pas que rongé la surface de la ferronnerie, mais a déjà attaqué le cœur des éléments. Il faut se rendre à l’évidence, la restauration est impossible. Il a donc été décidé de reproduire la marquise à l’identique, en se servant des éléments encore existants comme « patrons », et en revenant aux documents d’époque pour aider à sa reconstruction. Cette nouvelle création a permis d’intégrer, au passage, des éléments technologiques contemporains, en particulier l’éclairage.

La proposition des architectes de faire une façade en marbre Arabescato permet de maîtriser la lumière naturelle à l’intérieur du bâtiment. Il faut savoir que le rayonnement solaire doit à tout prix être maîtrisé, voire évité, pour ne pas dégrader les ouvrages stockés dans la bibliothèque. Un éclairage constant facilite aussi la lecture dans les salles de travail. Aussi, le bâtiment bénéficie de patios pour faire pénétrer une lumière naturelle indirecte jusqu’à son cœur. L’atrium central, quant à lui, est couvert par des brise-soleil qui limitent le rayonnement direct dans la rue intérieure tout en diffusant une lumière homogène.

La façade en marbre est donc l’élément visible majeur de la bibliothèque. Cette façade a plusieurs fonctions architecturales. D’une part, elle permet de filtrer et diffuser la lumière naturelle ; mais elle porte aussi la haute fonction symbolique de la bibliothèque régionale. De plus, elle sert de liant entre les deux façades réhabilitées datant du XVIIème siècle, aux angles de la rue Nationale et de la rue du Petit Saint Jean. Les feuilles de marbre font 4 mm à peine : cette finesse permet au matériau d’être translucide. La nuit, c’est l’effet inverse qui est recherché : tandis que la ville est plongée dans le noir, la lumière des salles de la bibliothèque rendent la façade luminescente, participant à la fonction de repère urbain d’un tel programme. Pour des raisons techniques, les feuilles de marbre ont dû être prises entre deux feuilles de verre, pour lui redonner une certaine résistance. Pour éviter de dénaturer la couleur laiteuse de la pierre, les architectes ont eu recours à un verre dit « extra-blanc », produit par Saint-Gobain, le même déjà utilisé quelques années plus tôt sur la Pyramide du Louvre à Paris.

Il y a eu bien d’autres prouesses techniques accomplies pour mener à bien ce projet. Certaines le sont pour des raisons réglementaires, difficiles à atteindre en raison de la valeur patrimoniale du lieu. D’autres, à causes des contraintes fonctionnelles d’une bibliothèque. D’autres encore, pour permettre le fonctionnement du chantier en lui-même. Toutes ont convergé vers le résultat qu’on connaît aujourd’hui, et le succès de fréquentation de la bibliothèque ne fait qu’honorer les hommes qui ont conduit le projet, depuis les premières esquisses jusqu’à son inauguration le 30 mars 2004.

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Le prestige d’antan du Cours Belsunce http://www.petites-balades-urbaines.com/les-projets-qui-ont-fait-marseille/marseille-sous-lancien-regime/le-prestige-dantan-du-cours-belsunce/ http://www.petites-balades-urbaines.com/les-projets-qui-ont-fait-marseille/marseille-sous-lancien-regime/le-prestige-dantan-du-cours-belsunce/#comments Thu, 07 Jul 2016 16:28:26 +0000 http://petites-balades-urbaines.com/?p=810 Quand on évoque le Cours Belsunce aux Marseillais, ils pensent immédiatement à un grand capharnaüm. Même l’arrivée du tramway et la requalification des espaces publics n’y a pour ainsi dire rien fait. Il faut dire que l’architecture des bâtiments qui le bordent est plutôt chaotique. Et pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi, loin de là !

Vous êtes à l'angle de la Canebière et du Cours Belsunce ? C'est parfait, c'est ici que vous apprécierez le mieux l'histoire du Cours de Marseille.

Le Cours de Marseille, c’est l’ancien nom de cette promenade qui se déroule perpendiculairement à la Canebière. Au Moyen-âge, à peu près à cet endroit, se dressait la Porte Réale. Il s’agissait d’une porte dans les anciens remparts. Marseille se contraint alors dans une enceinte encerclant 70 ha seulement. À cette époque, le Cours Belsunce n’existe pas : s’étale ici depuis le XIVème siècle un glacis militaire. Il buttait, à l’Ouest, sur l’enceinte de la ville ; du côté des faubourgs s’étaient installées auberges et fontaines.

Quand Louis XIV arrive à Marseille, après avoir maté l’insurrection, il décide d’entreprendre de grands travaux. Il s’agit de la première très grande opération urbaine que subira Marseille, comparable aux percées haussmanniennes qui interviendront deux cent ans plus tard. Les anciens remparts sont abattus, et le Roi ordonne l’urbanisation de la ville vers l’Est et le Sud. L’opération urbaine sera gérée par le bureau d’agrandissement, crée en août 1669.

Le projet urbain est dessiné par les architectes Mathieu Portal et Gaspard Puget, frère de l’architecte Pierre Puget. Ils décident des futurs alignements et proposent de relier les rues de part et d’autre de l’ancienne enceinte démolie.

Le Cours est d’emblée prévu dans le tracé de cette ville nouvelle. Il s’inscrit dans une longue perspective associant la rue d’Aix, au Nord, avec la rue de Rome, au Sud. Cette dernière ne comprend qu’une première partie, d’ici jusqu’à la Porte de Rome, approximativement à l’emplacement de la place de Rome actuelle. Par ses dimensions, 40m de large sur 400m de long, le Cours est un espace sans équivalent. L’objectif est de donner aux Marseillais un espace de prestige où ils pourront se promener et parler affaires. Aussi, l’architecture du Cours reprend les codes de classiques de l’époque. Fontaines et alignements d’arbres marquent la longue perspective.

Il est intéressant de noter que l’axe de développement de Marseille, dès cette époque et jusqu’à un passé récent, était un axe Nord-Sud, comme si la ville tournait le dos à son port. Le port n’est vu que comme un emplacement logistique, avec ses nombreux bateaux qui chargent et déchargent leurs marchandises sur les quais. Ceci restera vrai jusqu’au début du XXème siècle. Aujourd’hui, le projet urbain d’Euroméditerranée a au contraire l’ambition de reconquérir les ports, tant économiquement que spatialement. Progressivement le Cours perdra sa vocation de promenade, au profit de la Canebière et du Vieux-Port, comme en témoignent les travaux de requalification de ces dernières années.

Vue du Cours lors de la Peste de Marseille en 1720
Vue du Cours lors de la Peste de Marseille en 1720

Les travaux du Cours s’étalent essentiellement entre 1670 et 1685. Un modèle-type de maison est établi par le Conseil de la Ville, qui entend par là uniformiser les façades pour créer un fond de scène homogène. Les promeneurs doivent avoir l’illusion d’un très grand palais ordonné, alors qu’il s’agit en réalité de plusieurs maisons autonomes. Un gabarit est donc dressé : les constructions doivent être accolées, deux ou trois fenêtres par étage, et les hauteurs des bâtis doivent être identiques. Les fenêtres sont normées et alignées les unes aux autres. Pour allonger encore la perspective, on établit un modèle de corniches horizontales qui soulignent les rez-de-chaussée et les attiques.

Derrière le Cours, tout le quartier de Belsunce est construit sur un modèle baroque. La bourgeoisie occupe de petits immeubles donnant sur des jardins de cœurs d’îlots, avec souvent de petites maisons de fond de cour, anciennes dépendances destinées aux domestiques, ou à l’entreposage de matériel ou de carriole.

Avancez jusqu'à l'angle du Cours Belsunce et de la rue du Poids de la farine. Vous y verrez un magnifique pilastre à fût cannelé sur un puissant soubassement à bossage : c'est un maigre indice qui rappelle le faste de l'époque où le Cours a été aménagé, sous l'Ancien Régime.
Un immeuble du XVIème siècle sur le Cours Belsunce
Un immeuble du XVIème siècle sur le Cours Belsunce
Photo : Jonathan Tourtois

Il est très difficile d’imaginer aujourd’hui la grande qualité de l’ordonnancement général. Malheureusement, il ne reste que quelques bâtiments de cette époque. L’immeuble qui fait l’angle Sud entre le Cours et la rue du Poids de la farine est d’origine. Sa récente restauration a permis d’en retrouver l’architecture originelle. Remarquez comme l’immeuble voisin lui ressemble étrangement : voilà un exemple de maisons identiques offrant une façade uniforme. Malheureusement aujourd’hui les corniches ne sont plus continues et les teintes des façades sont différentes.

On retrouve le même phénomène sur la façade suivante, de l’autre côté de la ruelle. La boutique qui fait l’angle présente deux arches en anse de panier et une entrée d’immeuble rectiligne. C’est typiquement cette écriture qu’avaient imaginé les architectes pour la composition du Cours. Malheureusement cette écriture n’a pas su subsister jusqu’à nos jours.

Ce pilastre, aujourd’hui un peu seul, s’inscrivait dans un ensemble de décors typiques du style classique. Généralement, le rez-de-chaussée et l’entresol offraient des façades à bossage. Au-dessus de la corniche horizontale, de puissants pilastres s’élancent vers les débords de toiture. Les façades sont sculptées, et certaines offraient même des balcons : ils étaient supportés par de petits atlantes figurés sur les consoles. On observe encore par endroit certains médaillons ou des gargouilles prenant la forme de lions.

Continuez jusqu'à l'angle de la rue Tapis Vert.

L’immeuble qui borde l’angle Sud a beaucoup été altéré avec le temps, mais il présente encore sur sa façade des médaillons sculptés et un arc en plein cintre. On devine ces éléments sur d’autres immeubles du Cours mais c’est ici qu’ils sont les mieux conservés. Malheureusement, cet immeuble n’a pas conservé les probables décorations qui ornaient les pilastres, à peine visibles aujourd’hui.

Pour mieux imaginer l’ambiance qui régnait ici, il faut savoir que les rez-de-chaussée étaient occupés par des boutiques, avec les espaces de stockage en entre-sol. Le premier étage, séparé par une première corniche, était l’étage noble, plus haut de plafond, et parfois même offrant un balcon sur la promenade. Les autres étages étaient dédiés à l’habitation, et l’immeuble se terminait généralement sur un dernier étage en retrait de la façade.

Le Cours était divisé en deux usages. Le Petit Cours, depuis la rue Tapis-Vert et jusqu’à la rue Nationale, qui termine la perspective, était plutôt réservé aux classes populaires. Le Grand Cours, qui s’étendait, lui, jusqu’à la rue Pavillon, était destiné aux gens de la bourgeoisie. Des bornes séparaient même les deux espaces.

Allez enfin tout au fond du Cours, devant la rue Nationale. Vous vous dressez devant l'Hôtel Pesciolini.
L'immeuble à l'angle du Cours Belsunce et de la rue du Petit Saint Jean
L’immeuble à l’angle du Cours Belsunce et de la rue du Petit Saint Jean
Photo : Jonathan Tourtois

Vous êtes passés devant l’Alcazar, un illustre cabaret, aujourd’hui démoli, mais dont on a conservé toutefois l’entrée historique.

Vous voilà devant la terminaison du Cours. Devant vous s’élance la rue d’Aix, qui emmène jusqu’à la Porte d’Aix. L’immeuble qui en fait l’angle à gauche a été construit lorsque la rue Colbert a été dessinée, au XIXème siècle. En revanche, celui qui fait l’angle à droite date toujours de l’Ancien Régime, et prend le nom d’Hôtel Pesciolini. Sa porte a été inscrite aux Monuments Historiques le 8 mars 1929.

À l’heure où j’écris ces lignes, en juillet 2016, la façade de cet immeuble mériterait une sérieuse restauration. Mais il permet néanmoins de deviner la fin de la composition urbaine, telle qu’elle l’était à l’époque. Ce vieil immeuble avait son symétrique exact de l’autre côté de la rue d’Aix. Ensemble, ils assuraient un fond de scène spectaculaire au Cours. Pour l’anecdote, cet immeuble a été construit en 1673 pour un négociant marseillais d’origine Toscane, Amant de Venerosi-Pesciolini. Cet homme dirigeait lui-même le bureau d’Agrandissement, en charge de l’exécution de la ville nouvelle telle que l’avait ordonné Louis XIV.

La façade de l’Hôtel Pesciolini montre à elle seule de la richesse des décors dressés à l’époque. Elle propose aux promeneurs deux atlantes monumentaux porteurs d’un balcon en ferronnerie. Un œil de bœuf, encadré par deux sphinx, éclaire l’entresol. Chaque atlante est posé sur une colonne formant l’encadrement de la porte d’entrée. Les archives indiquent que le propriétaire a demandé expressément aux maçons de réaliser, à la place des colonnes prévues initialement, deux colosses qui soutiendront le balcon.

Les platanes qui ornent aujourd’hui le Cours redonnent un peu de verdure à la promenade. Les architectes avaient eux aussi prévus une végétation abondante pour agrémenter le Cours. Dès 1670, des micocouliers sont plantés. Des bancs en pierre sont installés en 1686, dans l’alignement des arbres, et participent eux aussi à l’étirement de la perspective. Fin XVIIème siècle, les micocouliers sont remplacés par des mûriers qui, à leur tour, seront remplacés en 1756-1758 par des ormeaux.

L'Hôtel Pesciolini, un des deux immeubles qui terminaient le Cours Belsunce
L’Hôtel Pesciolini
Photo : Jonathan Tourtois

Aujourd’hui, la circulation automobile est interdite sur le Cours Belsunce, à l’exception de la sortie du parking du Centre-Bourse. Quand les frères Puget imaginent leur projet au XVIIème siècle, l’esplanade qu’ils dessinent est destinée à la promenade : les charrettes doivent circuler autour, le long des façades. Cette disposition sera inversée en 1839 par Augustin Fabre, conseiller municipal, afin de fluidifier la circulation toujours grandissante sur l’axe principal de Marseille. Pire encore, le Cours perdra complètement sa fonction de promenade quand la chaussée sera à élargie de façade à façade, en 1890.

Les diverses reconstructions qui s’opèrent au XIXème siècle, et surtout les opérations urbaines du XXème siècle auront raison des perspectives monumentales de Puget. Si le Cours a retrouvé sa fonction de promenade, c’est pour beaucoup grâce aux travaux de requalification de la voirie, qui se sont déroulés en accompagnement de l’arrivée du tramway en 2008. Des grandes opérations de renouvellement urbain permettent aussi d’inciter les propriétaires à restaurer les façades, rendant en partie le prestige du Grand Cours.

 

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La place Sadi Carnot et la rue Colbert http://www.petites-balades-urbaines.com/les-projets-qui-ont-fait-marseille/les-grands-projets-du-xixeme-siecle/la-place-sadi-carnot-et-la-rue-colbert/ http://www.petites-balades-urbaines.com/les-projets-qui-ont-fait-marseille/les-grands-projets-du-xixeme-siecle/la-place-sadi-carnot-et-la-rue-colbert/#respond Wed, 22 Jan 2014 10:57:47 +0000 http://glumph.free.fr/?p=516 Avec le développement commercial de Marseille et l’apparition de l’hygiénisme à la fin du XIXème siècle, l’idée d’éradiquer l’insalubrité des rues de la vieille ville est acquise. Le percement de la rue de la République répond à cette problématique, mais le projet initial ne s’arrêtait pas là. La place Sadi Carnot, baptisée à l’origine place Centrale, devait être le nœud de jonction de deux autres artères haussmanniennes. Le projet n’a pas abouti mais l’une d’entre elles a toutefois été réalisée : il s’agira de la rue de l’Impératrice, future rue Colbert.

Détail de modénature, place Sadi Carnot
Détail de modénature, place Sadi Carnot
Photo : Jonathan Tourtois

Prévue dès les premières esquisses du projet, la place Sadi Carnot se situe précisément à l’ancien emplacement du col qui séparait la butte des Carmes, à l’est, de la butte des Moulins, à l’Ouest1. Elle était vouée à être un nouveau point modal dans le projet d’urbanisation de Marseille. Elle coupe la rue Impériale, renommée depuis rue de la République, à son premier tiers en partant du Vieux-Port. Ici aussi, le projet urbain est colossal : il propose de relier les allées des Capucines, aujourd’hui appelées allées Gambetta, à la nouvelle cathédrale de la Major. L’avenue est destinée à désenclaver le quartier de la Blanquerie, situé derrière le palais de la Bourse. Seul le premier tronçon sera réalisé, reliant la place centrale au Cours, aujourd’hui Cours Belsunce. L’autre grand axe projeté devait relier la Mairie à l’Arc de Triomphe de la porte d’Aix ; cette percée ne sera jamais réalisée2.

Les travaux avaient suscité alors un vif émoi dans la cité. Le projet, plutôt impopulaire, est confronté à de graves difficultés financières. D’autre part, il entend s’affranchir de toutes les contraintes et conduit à la destruction de 178 maisons et, surtout, de l’église gothique Saint-Martin.

La destruction de l’église Saint-Martin

Les travaux de la future rue Colbert débutent en 1884. La réalisation du premier tronçon, le seul qui sera donc réalisé, nécessite la destruction de l’église Saint-Martin, à une époque pourtant où l’on commence à préserver les édifices du Moyen-Âge ; elle se situait à proximité du Cours Belsunce.

La première mention de cette église remonte au XIème siècle ; elle constitue l’une des paroisses de la ville, dépendant des chanoines de la cathédrale. Rebâtie sur elle-même à la fin du XVème siècle ou au début du suivant, elle est érigée en collégiale par le pape en 1536. La destruction de l’église a néanmoins fait l’objet de fouilles archéologiques relativement documentées. Bien que cette nouvelle science n’en soit alors qu’à ses balbutiements, le travail entrepris est d’une grande qualité. L’interprétation aujourd’hui de ces études tend à montrer que l’église était bâtie sur un axe historique de la ville hellénistique, soit le IIème siècle avant J.-C. Par chance, de nombreux éléments de décor de l’église furent sauvegardés par Monsieur de Marin de Caranrais et sont exposés aujourd’hui dans le nouveau Musée d’Histoire de Marseille.

De même, les grands travaux de cette fin du XIXème siècle font l’objet d’une série de reportages photographiques réalisés par Adolphe Terris (1820-1900). À la demande de la mairie de Marseille qui souhaite laisser un témoignage de la grandeur des travaux entrepris, le photographe couvrira le percement de la rue Impériale ou de la rue de l’Impératrice, les aménagements des ports de la Joliette, etc. Ses photographies furent publiées à l’origine sous forme d’albums3.

En 1886 se termine la première phase des travaux. La suite du projet doit prolonger l’avenue jusqu’aux allées des Capucines, mais l’opposition des Marseillais est forte. Les Catholiques n’ont guère apprécié la destruction de l’église Saint-Martin et maintenant, c’est le cinéma de l’Alcazar, placé sur le prolongement de l’avenue, qui est menacé. Le projet n’aboutira finalement pas et l’Alcazar, aujourd’hui transformé en bibliothèque municipale à vocation régionale, sera sauvegardé.

Sur la place Sadi Carnot : l’Hôtel des Impôts et l’hôtel Régina

Siège de la Compagnie des Messageries Maritimes
Siège de la Compagnie des Messageries Maritimes

La place Sadi Carnot a pleinement profité des restaurations de façades entreprises dans le cadre du projet Euroméditerranée. Parmi les immeubles qui la bordent, se dresse l’ancien siège de la Compagnie des Messageries Maritimes, aujourd’hui Hôtel des Impôts. À l’origine, cet immeuble était occupé par l’hôtel Régina, établissement de luxe qui s’adressait aux premiers croisiéristes de Marseille, ainsi qu’aux riches investisseurs et autres commerçants. Il offrait aux voyageurs pas moins de 250 chambres.

C’est à cette époque que la plupart des hôtels de luxe se sont installés à Marseille, essentiellement sur la Canebière flambant neuve. Si les établissements ont aujourd’hui fermé, de nombreuses inscriptions sur les façades d’époque témoignent du faste d’antan. C’est le cas notamment du Grand Hôtel, aujourd’hui reconverti en commissariat central de Marseille, ou encore le Grand Hôtel Louvre et Paix, transformé depuis en magasin de prêt-à-porter.

Insolite : Un boulodrome sous-terrain…

Au sous-sol de l’ancien Café Parisien, aujourd’hui restaurant « O Zen » situé au 1 place Sadi Carnot, prend place… un boulodrome ! On raconte que l’un des patrons des lieux a décidé d’inaugurer cette curiosité en hommage à son grand-père Antoine Dary, un joueur émérite.

L’Hôtel des Postes

Ce bâtiment majeur4 bordant la rue Colbert est mal connu des Marseillais. Il est signé de l’architecte aixois Joseph Huot et inauguré en 1891.

L'Hôtel des Postes
L’Hôtel des Postes
Photo : Jonathan Tourtois

La silhouette de l’édifice est caractéristique de sa fonction, marquée par une tourelle télégraphique. La façade principale est marquée de cinq arches en plein cintre coincées entre deux tours rondes à coupoles aux angles. La décoration, sobre, se limite à quatre médaillons de physiciens réalisés par le scuplteur Stanislas Clastier5. Les façades latérales et arrière sont plus abruptes, mais montrent néanmoins la puissance de l’institution. Plusieurs articles de la Construction moderne décrivent le nouveau bâtiment :

Le terrain, de forme irrégulière, offrait un grand développement de façades que le constructeur a su varier pour éviter la monotonie. La tour qui sert de point de départ aux fils aériens des télégraphes et des téléphones est devenue motif à décoration. L’architecture de l’ensemble est simple comme il convient à un édifice de cette nature, mais en même temps offre la somme d’ornementation que peut comporter ce genre de construction.

En 2009, le bâtiment a été vidé de ses services et il se cherche toujours aujourd’hui une nouvelle vocation.

Aujourd’hui

La place Sadi Carnot et la rue Colbert ont bénéficié des réaménagements prévus avec le retour du tramway. Entièrement pavée, la place marque aujourd’hui une interruption entre la partie Sud de la rue de la République, entièrement réhabilitée, avec la partie Nord, dont les travaux sont toujours en cours.

La mise en lumière de la place Sadi Carnot
La mise en lumière de la place Sadi Carnot
Photo : Jonathan Tourtois

La mise en lumière de la place a été saluée unanimement par les Marseillais : la restauration des candélabres d’origine a été accompagnée de l’installation de luminaires rasants mettant en valeur la modénature des façades, tandis que des appliques marquent les portes cochères. Les toits en ardoise se détachent des façades en pierre et sont soulignés par un éclairage bleuté, teinte reprise tout le long de la rue de la République.

Quant à la rue Colbert, bien que les revêtements de sol aient été repensés avec le nouvel aménagement des voies, certaines façades ont toujours besoin d’un ravalement particulièrement attendu.

  1. Les ingénieurs ont privilégié le passage par ce point bas pour limiter les travaux de terrassements.
  2. La rue Méry, emmenant de la place Sadi Carnot jusqu’à la Mairie dans l’axe de la rue Colbert, ne sera réalisée que pendant la deuxième moitié du XXème siècle.
  3. Ce travail est partiellement restitué sur le site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France.
  4. Par chance, les plans du bâtiment sont disponibles sur scribd !
  5. Voir à ce sujet cette page consacrée aux sculptures de la façade principale.
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